Mémoires pour montrer que les réformez françois, qui se sont retirez de France, à cause de la religion, ne doivent pas être privez de la jouissance de leurs biens (La Haye, 1707)

© Sammlung PRISARD
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[Anonym]:

Mémoires pour montrer que les réformez françois, qui se sont retirez de France, à cause de la religion, ne doivent pas être privez de la jouissance de leurs biens

Denkschrift um zu zeigen, dass die französischen Reformierten, die Frankreich aus Gründen der Religion verlassen haben, nicht des Genusses ihrer Güter beraubt werden dürfen

▼ Buchauszug (Ü: BfHG)

 

[7] "Als Erstes muss Einigkeit darauf bestehen, dass die Gewissensfreiheit und die öffentliche Religionsausübung ein Recht war, das den französischen Reformierten mit der Garantie zugestanden wurde, dass es ihnen nicht wieder genommen würde."

▼ Buchauszug (Ü: BfHG)

 

Zitat aus: M. de Priesac, Vindicæ Gallicæ adversus Alexandrum Patricium Armacanum, Paris 1638

 

[14] "Da der Glaube [...] eine Gabe seiner reinen göttlichen Gnade ist, so muss man dazu anstelle von Zwang Überzeugungsarbeit leisten, Gebete zu Gott einsetzen und nicht Waffengewalt, gute Lehre und nicht Edikte, Ermahnungen und nicht Drohungen. Es gibt keinen König, der über den menschlichen Geist herrschen dürfte."

▼ Buchauszug (Ü: BfHG)

 

[16] "Es könnte offensichtlicher nicht sein, dass sie gezwungen wurden ihrer Religion abzuschwören. Man hat ihre Güter der Plünderung durch Soldaten und sie selbst allen Arten der Misshandlung preisgegeben. Es gibt keine Grausamkeit und Unmenschlichkeit, die man sie nicht hat erdulden lassen, um aus ihnen die Abschwörung herauszupressen."

▼ Buchauszug (Ü: BfHG)

 

[20] "Man hat die Dragoner wie Hunde auf sie losgelassen, um sie durch alle Arten der Gewalt, Grausamkeit und Unmenschlichkeit zum Abschwören von ihrer Religion zu zwingen."

 

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▼ Buchauszug

 

[7] "Premiérement, il faut demeurer dʼaccord, que la liberté de conscience & dʼExercice public de Religion étoit un Droit aquis incommutablement aux François Réformez. Ce Droit étoit fondé en tîtres les plus solemnels & les plus authentiques que lʼon puisse sʼimaginer. Ces tîtres étoient les Edits de Pacification donnez par les Rois en divers tem[p]s, contenans tous les termes de perpétuels & dʼirrévocables, comme on le voit aux Edits de Pacification donnez par Charles IX. au mois dʼAoût 1570. & de Juillet 1573. mais particuliérement dans lʼEdit de Nantes donné par Henri IV. au mois dʼAvril 1598. qui est une espéce de Transaction & de Concordat fait par le Roi, comme Arbitre Souverain entre tous les Sujets, […]. [8] Cet Edit a été confirmé par dʼautres Edits & Déclarations solemnelles du Roi Louïs XIII & du Roi son Successeur à présent Régnant […].
   En second lieu, on demeurera dʼaccord, selon tous les sentimens de la justice, de lʼéquité & de la raison, que les Réformez de France nʼont pas dû être privez & dépouillez dʼun Droit si légitime, sans quelque cause grave venant de leur part & de leur fait."

▼ Buchauszug

 

Zitat aus: M. de Priesac, Vindicæ Gallicæ adversus Alexandrum Patricium Armacanum, Paris 1638

 

[14] "Il faut imiter Dieu, qui souffre tant de choses quʼil nʼapprouve pas qui ne lance pas ses foudres, & nʼenvoye pas un second Deluge sur la terre, pour punir cette multitude infinie de pécheurs: Comme la Foi est un rayon de sa Divine lumiére, elle est un don de sa pure grace, il y faut employer la persuasion plûtôt que la contrainte, les Priéres à Dieu, non les Armes, les bons Enseignemens, & non les Edits, les Exhortations, & non les Menaces. Il nʼy a point de Roi qui puisse dominer sur lʼEsprit, ses mouvemens sont prompts, vifs & pleins de feu. Il se roidit contre la violence, & prend le parti contraire de ce quʼun veut exiger de lui, & se porte aux extrémitez. La France a toûjours condamné lʼInquisition, son nom seul est suffisant pour lui en imprimer de lʼhorreur; & dʼailleurs elle ne sert quʼà faire des Hypocrites. […] Les Chrêtiens peuvent bien souffrir la Persécution, & la doivent même souffrir le plus souvent avec patience pour la Justice, mails ne la doivent jamais faire à qui que ce soit, si ce nʼest par une grande constance, & par le Glaive da [= de] la parole de Dieu, ou par le feu de la Charité."

▼ Buchauszug

 

[16] "Il est dʼune notori[é]té qui nʼest que trop publique, quʼils ont été contraints de faire Abjuration de leur Religion. On a abondonné [!] leurs Biens au pillage des soldats, & leurs Personnes à toutes sortes de tourmens. Il nʼy a point de cruautez ni dʼinhumanitez quʼon ne leur ait fait souffrir, pour extorquer dʼeux cette Abjuration. On enlevoit les Enfans dʼentre les bras de leurs Péres & Méres. Et quant aux Réformez qui étoient les plus constans & les plus fermes, & qui resistoient à toutes les voyes de contrainte, les hommes étoient mis dans des cachots, les femmes & les filles dans des Couvents, & les autres étoient releguez aux Isles de lʼAmérique. […] Ces Abjurations ont été extorquées, partie avant la Révocation de lʼEdit de Nantes, & partie depuis cette Révocation. […] Il est de notoriété publique, quʼelles avoient été extorquées par violence, & par toutes sortes de mauvais moyens & de persécutions. Premiérement dans le Poitou par lʼIntendant Marillac dès lʼanné[e] 1682, & depuis en 1685 par les Dragons dans le Bearn, & ensuite à Montauban, à Bergerac, & en plusieurs Villes du Languedoc, de lʼAngoumois, de la Saintonge, du Païs dʼAunix, des Cevennes, du Vivarets & du

 

[17] Dauphiné. Et tout cela au préjudice de la Liberté donnée par la disposition formelle & expresse de lʼEdit de Nantes […] Comme il subsistoit encore & que la Révocation nʼen étoit pas faite; Il nʼétoit pas possible de soûtenir des Abjurations forcées, qui détruisoient absolument cette Liberté, dont les Réformez devoient jouïr au fait de la Religion.

   Quant aux Abjurations extorquées, depuis la Révocation de lʼEdit de Nantes, elles ne sont pas plus soûtenables que les premieres, attendu que cʼest une contravention formelle à lʼArticle dernier de cet Edit de Révocation rapporté ci-dessus.
   On a réduit les Réformez François à ne pouvoir plus vivre ni mourir en liberté.
   On les a contraint dʼaller à la Messe, & faire dʼautres Actes de la Religion Romaine contre leur conscience, & par ce moyen on leur a ôté la liberté de demeurer en France, ne pouvant souffrir cette contrainte, qui est en effet la plus insupportable que lʼon puisse inventer."

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[19] "On a contraint les Réformez de sortir de France en leur ôtant la liberté, qui leur étoit accordée par cet Edit de Révocation; Il nʼy a donc point de cause, ni même de prétexte apparent de les priver & dépouiller de la jouïssance de leurs Biens, leur ôtant la liberté de demeurer, qui leur étoit accordée par cet Edit, on fait cesser la deffense de sortir portée par le même Edit.

   On peut encore observer, que lʼon a privé de la jouïssance de leurs Biens ceux-là même, qui nʼont point contrevenu aux Deffenses de sortir du Royaume; Les Ministres sont de ce nombre, il leur a été ordonné par cet Edit de Révocation de sortir de France dans quinze jours: Ils y ont obeï, & se sont retirez; Quel peut être le prétexte de leur ôter la jouïssance de leurs Biens?
   Il y avoit grand nombre de Réformez detenus en Prison dans les diverses Provinces de France pour nʼavoir pas voulu abjurer leur Religion; on sʼest enfin lassé de les tourmenter, & on les a conduits hors du Royaume par ordre public, cependant ils sont privez de la jouïssance de leurs Biens; cʼest sans doute une injustice criante.
   Il résulte de tout ce qui est remarqué ci-dessus, que les Ennemis déclarez des Réformez de France, ont eux-mêmes reconnu que la contrainte ne doit point avoir de lieu en matiére de Religion, quʼils ont aussi estimé raisonnable, par un principe dʼéquité naturelle, quʼen ôtant la Liberté de conscience aux Réformez, il étoit juste

 

[20] de leur laisser le droit de leurs Biens en se retirant du Royaume: Que lʼArticle dernier de la Révocation de lʼEdit de Nantes leur donnoit la liberté de demeurer en France, y faire leur Commerce, & jouïr de leurs Biens, sans y pouvoir être inquiétez sous prétexte de leur Religion; Que cet Article nʼayant pas été observé, & quʼau contraire on leur a fait sentir par une triste & funeste expérience, que ce nʼétoit quʼune illusion, quoi quʼil nʼy ait rien de plus contraire à la Nature & à la qualité dʼune Loi que la supercherie; quʼils ont eu le malheur de voir, quʼaussi-tôt après la publication de cet Edit, on a déchaîné les Dragons contrʼeux, pour les contraindre par toute sorte de violences, de cruautez & dʼinhumanitez, à faire Abjuration de leur Religion, ce qui leur ôtoit la liberté, qui leur étoit donnée par le même Edit; Que, tandis que dʼun côté demeurans dans le Royaume ils étoient violentez dans leur conscience, & durant leur vie & en leur mort; Et que dʼautre côté, on les tenoit prisonniers dans le Royaume, dont toutes les isluës & par terre & par mer étoient éxactement gardées; & quʼen sortant les hommes étoient exposez au supplice des Galéres perpétuelles, & les femmes & filles à être rasées, & enfermées dans des Convens, avec confiscation de tous leurs Biens. Il sʼensuit par une conséquence aussi juste que nécessaire, que leur retraite du Royaume étant forcée, elle ne doit plus servir de prétexte pour leur ôter le droit de jouïr des Biens quʼils y ont laissez."